Alexandrins pour s’aider à grandir

Enfant on m’a dit que je devais bien faire
Mais rapidement c’est devenu un enfer
Les désirs des autres, la peur de décevoir
Quitter ce dessin noir, s’affranchir du devoir

Vers de nouveaux chemins, d’une voix lumineuse
Éviter qu’à la fin la mine soit hideuse
Du visage marqué, souvenir qui se plaint
Aux rides rieuses et au regard vif et plein

Les passions enfermées dans le corps fermentent
Des lèvres qui disent mais des êtres qui mentent
En laissant s’exprimer une vie se dévoile
Nullement réprimée, l’envie déploie ses voiles

Le deuil d’une attache issue d’une dépendance
Se hisse et s’arrache, se transformant en danse
La vie se comble elle-même, emplie de la conscience
Embrasser et bercer, assurer la confiance

Quand l’enfant devient parent et inversement
Le ciel devient terre, c’est un renversement
Du jour au lendemain responsable d’autrui
Balayé d’une main, le tout se reconstruit

JP

Mensonge converti en songe

Se laisser traverser, trouver en soi l’aversion,
La version des hommes, de croire à l’unisson,
D’un réel averti ou d’un mensonge converti en songe,
Comme le singe trouve les fruits au hasard d’un chemin.

Chavirant, le navire coule,
Mais au fond de son océan, c’est la surface,
Où se lève le soleil sur un autre horizon.

Les ombres des formes d’antan glissent,
Sans bruits sous la houle trouble.
Le chant d’ici règne plus vrai,
En attirant ce qui est déjà là,
Car c’est du son que naît le silence,
Du sens que naît la trame,
Des étoiles que naît le ciel.

Par bourgeonnement et inflorescences infinis,
Se créent milles formes qui fourmillent,
Chaque unité, se décomposant en impermanence.

Alors on tient la barre,
D’un navire qui flotte tout seul.
Et c’est dans l’illusion de notre cap,
Que réapparaît flamboyant,
Chaque matin, le lever d’un même jour,
Sur un océan toujours nouveau

JP

Sortie de l’école

Partir en roues libres
Lâcher tout, lâcher prise
La terre tourne et vibre
Toute seule, quelle surprise !

Né dans le sens du vent
Porté par ses courants
Dans les airs se mouvant
Un instant savourant

Mais là il faut rentrer
Sortir de mes rêveries
Il faut se concentrer
Retourner aux singeries

Toujours en examen
Les voies donnent leurs avis
C’est le pain quotidien
L’analyse de ma vie

Et des heures durant
Revoir ce qui déroge
Correcteur raturant
En rouge ce qui dérange

L’irrationalité
Ce que je vois en songes
C’est la réalité
L’énoncé, un mensonge

L’idée me pétrifie
Déposer l’exigence
Stylo qui justifie
Mon tout, mon existence

À la prochaine question
Une réponse osée
Forme de perfection
Un blanc immaculé

Avant l’ultime répit
Élan de bienséance
Je relis ma copie
Là où le bien s’énonce

Des gestes et des paroles
Griffonnés, insensés
Toute une farandole
Qu’il est temps de cesser.

JP

Incarnation

L’odyssée d’une perle de rosée foule en folie son monde en chevauchant la joie.
Se noyant en elle-même, elle se fond dans l’air.
Décomposée de sa cohérence, elle réapparaît autrement.
Consciente de son inconscience, elle jouit, ravie de sombrer à nouveau.

Puis, soudain prise d’envie, elle se joint à une masse de molécules.
D’abord informe, les composants interagissent, engendrant les couleurs de la lumière créée par le contact.
Cela rayonne et la goutte trouve le goût.
Plaisant en substance, les sens prennent vie à la surface, c’est une interface.

Un dedans vient de se créer, il est différent du dehors.
Alors de grandes vagues se déversent en elles-mêmes.
Ce phénomène nouveau donne une direction à la forme, ce qui restreint ses mouvements.
Au début elle s’agace, se contracte sur sa surface.

Elle court vers nulle part, saisie de la panique d’être coincée à jamais dans l’immensité d’un trop petit espace réduit.
En courant d’accrocs et en écorchures, elle frôle des sensations différentes.
Certaines sont plus singulières et lui inspirent un soulagement dans sa nostalgie de n’être personne.
Une incohérence dans son monde la torture : pourquoi est-ce que tout s’accroche alors que c’est si plaisant de s’évaporer ?

La lumière pénètre la surface, la réponse est si simple, aussi simple qu’un grain de rien.
La cohérence n’est pas une finalité mais une partie de la finitude.
Il n’y a finalement aucun danger à ne pas saisir le sens d’un phrasé de la grande partition.
Ce document atteste de l’inaccessibilité d’un sens plus grand, là où les sens se fondent dans l’essence, laissant les lestes des sentiments.

Mais le miracle est pourtant de vivre dans la matière, à un endroit où l’immense habite le dense.
C’est la danse d’être ici.

JP

L’éléphant

Avec mon cœur d’enfant
Il me prend et me châle
Sur son dos d’éléphant
C’est mon père idéal

Jouant pendant des heures
Il partage mes joies
Se réjouit du bonheur
Qui s’écoule en moi

Quand je suis tout triste
Sans qu’il ne me console
Me dit que, sans risques
Quelque chose s’envole

Il entend ma colère
Avec curiosité
Le besoin derrière
Cette animosité

Il m’enlace de ses ailes
Quand m’assaille la peur

Et place à côté d’elle
Un refuge d’ampleur

Il écoute et comprend
Mes dégoûts, mes grimaces
Tout aussi important
Ce n’est pas une farce

Il m’invite à confier
Un sens inestimé
Aux passions et se fier
À leurs sagesses innées

Il me laisse explorer
Le monde qui m’entoure
Mais sait me protéger
Des embûches alentours

C’est un père qui m’aime
Découvrant dans ses yeux
Car il s’aime lui-même
L’infini merveilleux

JP

Changement d’état

Ici, je reste accroché
La stabilité à approcher
L’immobilité est mon projet
Mais quelque chose que je n’ai pas pigé

Car autour de moi
Au fil des mois
Des sens en émoi
Et moi qui larmoie

Alors je tâte le flux
Sous le superflu
Un courant flou
Que les cœurs renflouent

Je me laisse aller
Dans les marées au goût salé
Je me laisse emporter
Des mondes humains importés

Réintégrant le vivant
Plaisir enivrant
Où tout est en mouvement
Évoluant collectivement

Avec l’aide de la curiosité
J’expérimente la porosité
Entre l’abri de ma maison
Et les cycles des saisons

JP