Alexandrins pour s’aider à grandir

Enfant on m’a dit que je devais bien faire
Mais rapidement c’est devenu un enfer
Les désirs des autres, la peur de décevoir
Quitter ce dessin noir, s’affranchir du devoir

Vers de nouveaux chemins, d’une voix lumineuse
Éviter qu’à la fin la mine soit hideuse
Du visage marqué, souvenir qui se plaint
Aux rides rieuses et au regard vif et plein

Les passions enfermées dans le corps fermentent
Des lèvres qui disent mais des êtres qui mentent
En laissant s’exprimer une vie se dévoile
Nullement réprimée, l’envie déploie ses voiles

Le deuil d’une attache issue d’une dépendance
Se hisse et s’arrache, se transformant en danse
La vie se comble elle-même, emplie de la conscience
Embrasser et bercer, assurer la confiance

Quand l’enfant devient parent et inversement
Le ciel devient terre, c’est un renversement
Du jour au lendemain responsable d’autrui
Balayé d’une main, le tout se reconstruit

JP

Blasphème sacré

À coup de taffes
On amorti les baffes
Des petits riens
Des heurts du quotidien

Lorsque fulmine
Une mauvaise mine
Feuilles grillées
Au destin de cendrier

Pour oublier
Exhale la fumée
Qu’on inspire
Le vide qu’on respire

Poumons crasseux
Pour combler un cœur creux
Le rougeoiement
Une sorte d’amant

Affriolante
La volute dansante
Embrase, enlace
Un intérieur bien las

Succédané
Tendresse du damné
Pour revivre
Un instant qui s’enivre

Moment à soi
Pantin de la pensée
Se détendre
D’une addiction dépendre

Auparavant
Un geste insignifiant
Mais aujourd’hui
Coupable du produit

D’une cendre
Vers un besoin se rendre
Qu’un autre sens
Donne une renaissance

JP

Changement d’état

Ici, je reste accroché
La stabilité à approcher
L’immobilité est mon projet
Mais quelque chose que je n’ai pas pigé

Car autour de moi
Au fil des mois
Des sens en émoi
Et moi qui larmoie

Alors je tâte le flux
Sous le superflu
Un courant flou
Que les cœurs renflouent

Je me laisse aller
Dans les marées au goût salé
Je me laisse emporter
Des mondes humains importés

Réintégrant le vivant
Plaisir enivrant
Où tout est en mouvement
Évoluant collectivement

Avec l’aide de la curiosité
J’expérimente la porosité
Entre l’abri de ma maison
Et les cycles des saisons

JP

Décharge cérébrale

Aux lumières du jour, la rétine recueille
Des sons et des couleurs qui s’impriment dans l’œil,
Synesthésie complexe de matière grise
Où la recherche de sens maintient son emprise,
Lorsque le jour se tait, le soir dans ma chaumière
Dans le calme, sur le fond noir de mes paupières,
Un forcené aux comportements psychiatriques
Projette des diaporamas psychédéliques,
Maniaque envahissant, il tente d’ordonner
En s’agitant, il traite les nouvelles données,
Mais s’agissant pour lui de la fiabilité
Débordé, il déforme la réalité,
Ce mécanisme itératif et incessant
Révèle les dessous mouvants de l’inconscient,
Problématique, informatique neuronale,

Percevant les stimuli du monde banal,
La mécanique mnésique devient nerveuse
Les réponses se font niaiseuses ou facétieuses,
Alors pour seconder l’employé préfrontal,
J’allégorise l’arborescence mentale,
Figure d’estime s’animant de syllabes
Pour tenter d’élaborer un mime observable,
Former un grand miroir au fond de mes pensées
Où s’y reflètent toutes les choses insensées,
Qui colonisent, pullulent, évoluent et vivent,
Au sein de mon cortex en rade de mémoire vive,
Dans un corpus de textes aux idées abstraites
Le corps teste, dépose une image terrestre,
Trait de stylo, style griffonné qu’on accepte
Une main sur le papier pose les concepts.

JP

Épigénétique du traumatisme

Les siècles sont passés
Et au fil des vies
Les traumas amassés
Systèmes de survie

Paysan labourant
Rarement reposé
Car économisant
Les derniers grains de blé

Dans un climat de guerres
Climat de violence
La méfiance s’acquiert
Crainte de malveillance

Sièges et rationnements
Dans les temps de tourmentes
Bien rationnellement
S’ancre la peur du manque

Vivre maîtres ou esclaves
Oppresseurs, opprimés
En relation d’entrave
Se perd la liberté

L’inquisition d’hier
Traque les hérétiques
Brûle les sorcières
Les juge en Fanatiques

Chacun d’entre nous porte
Les réponses logiques
D’époques déjà mortes
Les réflexes archaïques

Face aux vicissitudes
Les instincts, réaction
Même dans la quiétude
Détournent la raison

Le réapprentissage
D’un ensemble unifié
Vient nouer le tissage
Mémoires pacifiées

JP

Fantômes

Souvent, dans l’inconscience
J’ai vécu la méfiance
En excès réagi
Déchaîné par magie
Quelques joutes verbales
Aux visions anormales

L’âme en face de soi,
N’est nulle autre que moi,
Obscurité, mirages
En expliquent la rage,
C’est un théâtre en scène
Où des chimères anciennes
Y rejouent un vécu,
Encore irrésolu

Ici le scénariste
Était un enfant triste,
Attentes excessives
Maximes itératives
Exigences insensées
Le petit veut capter

Car toujours résolu
À saisir l’incongru
Pour trouver l’équilibre
Devenir enfin libre,
Ce galopin fait jouer
Les spectres du passé
Agite les ombres
Qui aujourd’hui m’encombrent

Je te vois mon enfance
Ton désir de croissance
Dans mes bras je t’enlace
Je te fais une place,
Plus alors démunis
Tous les deux réunis

Dernière les fantômes
Des femmes et des hommes
Aux désirs de se voir
À la place du miroir,
Les envies exhumées
Ne sont plus embrumées
Par les spectres masqués
Qui m’ont tant harassés

JP

Hors factures

Matérialisme de la pieuvre
Preuve du capitalisme
Partie intégrante, rouage
De cet infernal engrenage
L’amoncellement de factures
M’impose en force une fracture

Au sein de ma réalité
Sous peine de pénalités
Je cours et ne fais que penser
Car une fuite à compenser
Fait disparaître de mes poches
L’harassant fruit de mon embauche

Des tonnes de tickets de caisse
Viennent alimenter mon stress
La garantie sans bisphénol
Ne réduit pas le cortisol
Alors je tente d’éluder
Trouble conscient à étudier

Un jour, pourrais-je, pour sortir,
De ces chroniques et assortir
Un maître zen à mes pensées
Revoir le sens de dépenser
Un potentiel, une énergie
Mais autre chose nous régit

Ces choses font vibrer mes os
Donnent un sens à mon vaisseau
Au terme du long processus
De la terrestre procession
Face aux portes du paradis
Compterai-je encore mes radis ?

JP

Incarnation

L’odyssée d’une perle de rosée foule en folie son monde en chevauchant la joie.
Se noyant en elle-même, elle se fond dans l’air.
Décomposée de sa cohérence, elle réapparaît autrement.
Consciente de son inconscience, elle jouit, ravie de sombrer à nouveau.

Puis, soudain prise d’envie, elle se joint à une masse de molécules.
D’abord informe, les composants interagissent, engendrant les couleurs de la lumière créée par le contact.
Cela rayonne et la goutte trouve le goût.
Plaisant en substance, les sens prennent vie à la surface, c’est une interface.

Un dedans vient de se créer, il est différent du dehors.
Alors de grandes vagues se déversent en elles-mêmes.
Ce phénomène nouveau donne une direction à la forme, ce qui restreint ses mouvements.
Au début elle s’agace, se contracte sur sa surface.

Elle court vers nulle part, saisie de la panique d’être coincée à jamais dans l’immensité d’un trop petit espace réduit.
En courant d’accrocs et en écorchures, elle frôle des sensations différentes.
Certaines sont plus singulières et lui inspirent un soulagement dans sa nostalgie de n’être personne.
Une incohérence dans son monde la torture : pourquoi est-ce que tout s’accroche alors que c’est si plaisant de s’évaporer ?

La lumière pénètre la surface, la réponse est si simple, aussi simple qu’un grain de rien.
La cohérence n’est pas une finalité mais une partie de la finitude.
Il n’y a finalement aucun danger à ne pas saisir le sens d’un phrasé de la grande partition.
Ce document atteste de l’inaccessibilité d’un sens plus grand, là où les sens se fondent dans l’essence, laissant les lestes des sentiments.

Mais le miracle est pourtant de vivre dans la matière, à un endroit où l’immense habite le dense.
C’est la danse d’être ici.

JP

Issus de l’histoire

Me sont apparues en songes
Des bribes de connaissance,
Des vérités et mensonges
Au-delà de ma naissance

Nous, héritiers du passé
De ses mémoires divines,
Qui ont pu tant amassées
Et depuis les origines

Nous portons toute l’Histoire
Qui, en nous vit, se déverse,
Avec ses joies et déboires
Ou c’est peut-être l’inverse

C’est l’Histoire qui nous porte
Et nous donne la conscience,
Du futur et de ses portes
En s’illuminant de sens

Cela place alors un choix :
Du grand passé révolu,
Rester pantin et pantois
Ou bien agir résolu

Les mythes couvrent de brumes
Si on ne les examine,
La culture parfois brime
Si, statique, on ne l’anime

Par les fondements mouvants
De notre agent constituant,
Je viens pour souffler le vent
Sur un ensemble évoluant

JP

Le pitre

Un gamin turbule en son esprit qui bouillonne

Silence immobile de la salle de classe
Contenant la flamme étouffée des âmes las
Dans l’insensée routine, un diable se tapisse

Horizon d’échines penchées sur l’exercice
En grande carence de joie et de partage
Au son du papier gratté, morne paysage

Mais un polisson, devenu patient attend,
Attend le moindre événement, moment précis
Pour frotter l’allumette de sa connerie

Porté par l’énergie de la vie, c’est parti !
Le maître a cassé sa craie, ramasse et culbute
D’un bond, le chenapan se lève et catapulte

Bombe de farine, artisanat ingénieux
Tableau noir tout blanc, le maître a pris un coup d’vieux
La classe explose, les rires éclatent aux fenêtres

Le maître ne l’a pas vu mais sait que c’est lui
L’envoie dans le couloir, dissident puni
Purgeant sa peine il attend, mais l’ambassadeur

Au fond sourit, c’est l’émissaire du bonheur

JP

L’éléphant

Avec mon cœur d’enfant
Il me prend et me châle
Sur son dos d’éléphant
C’est mon père idéal

Jouant pendant des heures
Il partage mes joies
Se réjouit du bonheur
Qui s’écoule en moi

Quand je suis tout triste
Sans qu’il ne me console
Me dit que, sans risques
Quelque chose s’envole

Il entend ma colère
Avec curiosité
Le besoin derrière
Cette animosité

Il m’enlace de ses ailes
Quand m’assaille la peur

Et place à côté d’elle
Un refuge d’ampleur

Il écoute et comprend
Mes dégoûts, mes grimaces
Tout aussi important
Ce n’est pas une farce

Il m’invite à confier
Un sens inestimé
Aux passions et se fier
À leurs sagesses innées

Il me laisse explorer
Le monde qui m’entoure
Mais sait me protéger
Des embûches alentours

C’est un père qui m’aime
Découvrant dans ses yeux
Car il s’aime lui-même
L’infini merveilleux

JP

Logique de l’intuition

Pulsion de la pensée, aux tortuosités
Qu’on ne peut réfréner, la curiosité

De l’infiniment grand à l’infini petit
Le nom de la science précisément décrit,
Analyse, induction, théorèmes et lois
Déduction, prédiction, ce qui lui donne foi

La voix scientifique tranche les paradoxes
Démontre avec clarté ce qu’est un équinoxe,
Seulement une méthode, inhabile à prouver
Qu’une chose soit nulle et ne peut exister

Une efficacité, fournie de disciplines
Mais dans le collectif, la confiance décline,
Pollutions, maladies, richesses se tarissent
Dans un progrès binaire, avenirs frémissants

Même sous ses formes les plus naïves et simples
On peine à expliquer la vie d’un geste humble,
Mécanismes complexes, aux simplismes incorrects
Mouvements qui échappent aux savoirs intellects

Logique sans vision, n’est que stérilité
L’intuition sans jalons, une puérilité,
Fort de notre raison, phénomène magique
Vers une autre logique, nouvelle ère organique

Écouter d’autres voix, qui dépassent les sens
Émises par la vie, en comprendre l’essence

JP

Lysergie du Système Dopaminergique

Le groove anime
Chaque cellule s’illumine
Par pulsation sanguine
Au rythme des ondes
La foule des molécules abonde
Fait la jonction entre les mondes
Frontières atomisées
Par le son intronisé
Du sol vibrant synchronisé

Sorti de la course
Bain smooth qui ressource
Retour à la source
Fusion avec la lumière
Plus de lendemain ni d’hier
Sentir la vie des pierres
Respirer l’esprit de l’air
Connaître les géométries non linéaires
Intuition claire d’une nouvelle ère

Conscience post-rigide planétaire
En lien avec la Terre-Mère
Dans un esprit téméraire
Parti en exploration
Dans l’Univers en expansion
Où explose la raison
Par déstructuration des connexions
Se perd le sens des actions
Réorganisation des conceptions

Introduction à une autre logique
L’acide fongique magique
Parfois peut s’avérer tragique
Alors pour la suite
C’est par d’autres rites
Sur un autre rythme
Que continue la quête mystique
Des réalités hyper-mnésiques
Qui sous-tendent le monde physique

JP

On reste

Si on restait
Et si on s’arrêtait
Arrêter de courir
Courir après ce qu’on a
À force de chercher
Cher chemin
Maintes fois parcouru
Couru à travers
Vers quoi, vers où
Verrou des sens
D’essence du bonheur
Honneur déchu
Des chutes de l’enfance
On fonce pour rattraper
Être happé par le flux
Fluctuant des sentiments
Immense monde
On découvre
Ouvrant le coffre
Qu’offre l’instant

Tant qu’on attend
Attentif au temps
Autant de vie
D’envies quand on reste
Reste juste
Juste là
La vue semble
Ensemble infinie
Fini de courir
Rire avec ton sourire
S’ouvrir à deux
Adossés aux dunes
D’une plage
Agitant doucement les reflux
Aux effluves de cyprès
Si près du soleil couchant
Touchant nos êtres
Je n’ose être ailleurs
Ailleurs qu’ici

JP

Résurgences

Précieux instants, où les croyances s’affranchissent
D’éternelles écumes, les sensations abondent,
Sur elles-mêmes ouvertes, les portes sont les mondes
Dans un flux symétrique que les flots franchissent

S’écroulent sans fracas en un immense vertige
Les milles cristaux du palace somptueux
Les milles voix savantes aux savoirs présomptueux
Naissent à l’infini de cycliques prodiges

Les sagesses se taisent et plus rien ne souhaite
Dans le jardin du corps où la chair est la terre
D’une terre riche de matière et lumière
Se dévoile l’abîme en une joie muette

JP

Sortie de l’école

Partir en roues libres
Lâcher tout, lâcher prise
La terre tourne et vibre
Toute seule, quelle surprise !

Né dans le sens du vent
Porté par ses courants
Dans les airs se mouvant
Un instant savourant

Mais là il faut rentrer
Sortir de mes rêveries
Il faut se concentrer
Retourner aux singeries

Toujours en examen
Les voies donnent leurs avis
C’est le pain quotidien
L’analyse de ma vie

Et des heures durant
Revoir ce qui déroge
Correcteur raturant
En rouge ce qui dérange

L’irrationalité
Ce que je vois en songes
C’est la réalité
L’énoncé, un mensonge

L’idée me pétrifie
Déposer l’exigence
Stylo qui justifie
Mon tout, mon existence

À la prochaine question
Une réponse osée
Forme de perfection
Un blanc immaculé

Avant l’ultime répit
Élan de bienséance
Je relis ma copie
Là où le bien s’énonce

Des gestes et des paroles
Griffonnés, insensés
Toute une farandole
Qu’il est temps de cesser.

JP

Un citron en héritage

Dans l’épais brouillard silencieux
Où âmes fragmentées gémissent,
Ambiance d’un air incestueux
Les morbides désirs s’immiscent.

Car l’invariant si cher à ces
Masculines anthropologies,
Fait taire à tous les terrassés
L’insécurité du logis.

On porte en nous les tentacules,
Encapsule les volontés,
Et d’une peur qui tant accule
Revêt le voile d’être honteux.

Par souffle de conscience actée,
Sèche les germes d’il y a,
Enfin distingue avec clarté
Les amours d’Éros et Filia.

JP

Unité fondamentale

Sommes-nous perdus dans le vide du hasard ?
Le monde serait-il un immense bazar ?
Si on écoute le silence assourdissant,
Si on porte l’attention au-delà des sens,
Se dessine alors une grande cohérence.

Constat clair, rien ici n’évolue dans l’errance.
Est-ce vision de la pensée, mythe ou croyance ?
Information acquise par l’expérience,
De fastidieux exercices méditatifs,
Et pragmatisme méthodique introspectif.

Axiomes orientaux perçant la rigidité,
Atomes orientés mentaux dans leur nudité,
La personnalité, entité apparente,
Phénomène émergent, produit de la conscience,
Examinée de près, elle perd sa consistance.

Alors dans les décombres, une forme immortelle,
Insaisissable lumière, l’intemporelle.
Elle guide par l’amour et guérit par l’humour,
Elle observe sans bruit, ne donne son avis,
S’amusant, goûtant à l’épreuve de la vie.

L’âme en nous danse par pur plaisir d’être en vie.

JP